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Le livre à ne pas acheter ! Pourquoi …

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Ce n’est pas parce le livre de Emmanuelle Rémond, Mettre au monde, est publié (en l’occurrence chez Fleurus) que c’est un gage de qualité au niveau de l’information. Voici un carton rouge pour ce livre qui, bien qu’il tente de faire honnêtement le point sur les questions de périnatalité, regorge d’âneries. Comme quoi le diplôme ne fait pas l’érudit… (L’auteur est diplômée de « Sciences Po ») Voici un aperçu :

P.100. Bon conseil : n’oubliez pas l’ambulance ! Elle se tiendra devant votre domicile, avec tout le matériel d’urgence pour vous conduire à l’hôpital en cas de nécessité.

Faux ! Aucune ambulance n’attend devant la porte en cas de naissance à domicile. Cela n’a jamais existé ni aux Pays-Bas, ni en France.

P.101. En France, rares sont les maternités qui sont équipées pour offrir à chacune la possibilité de choisir sa position. (Nota : il s’ensuit une description des positions et leur intérêt… information caduque s’il en est)

Faux ! La mobilité n’est pas générée par un équipement, mais par l’information donnée à la femme, le soutien dont elle peut disposer, etc. mais aussi la formation de l’équipe médicale, son ouverture d’esprit, l’encouragement qu’elle peut dispenser à la femme… Aujourd’hui ce sont le manque de personnel hospitalier et la gestion médicale du travail qui « empêchent » les femmes d’accoucher dans la position qu’elles souhaitent et qui les soulage.

P.120. Bien commencer l’allaitement. Ne laissez pas votre bébé plus de 10 minutes à chaque sein pour éviter les crevasses.

Faux ! Pour éviter les crevasses, le meilleur conseil repose sur une bonne prise en bouche du sein par le bébé et une position adéquate pour la maman. Minuter les tétées est le meilleur moyen d’empêcher une stimulation et donc une production lactée optimale en fonction des besoins du bébé. Nota : il est paradoxal que cette page recoupe par ailleurs de bonnes informations…

P.98. L’épisiotomie. C’est une incision du périnée, afin d’éviter un déchirement au moment du passage : elle est indolore sur le moment mais la cicatrisation peut être désagréable. (…) Pour essayer d’éviter cette incision (…) faites avec application les exercices d’assouplissement du périnée.

Faux ! L’épisiotomie n’évite pas les déchirures, elle les aggrave au contraire. Elle est en soi une coupure assurée alors que la déchirure n’est que probable, ce qui fait toute la différence. Devenue systématique en France, elle est aujourd’hui fortement décriée par les associations d’usagers mais aussi par les professionnels eux-mêmes. Elle n’est pas indolore, la cicatrisation laisse trop souvent des séquelles graves, et aucun exercice n’a jamais empêché un professionnel de prendre les ciseaux s’il fait ce geste systématiquement.

D’ailleurs p.58 on lit ceci (titre « Se préparer au grand jour » : oui le grand jour de l’épisiotomie !!! ou « au grand jour » en plein soleil, au choix) : « Ne vous faites cependant pas trop d’illusions : même si vous faites bien vos exercices d’assouplissent du périnée, vous n’éviterez pas forcément l’épisiotomie qui est pratiquée pour éviter la déchirure de ces muscles au moment de l’expulsion. (…) ». Alors ? Qui a envie de croire au Père Noël ? Parce que p.59 ça continue : « Ces exercices d’assouplissement sont donc très importants : ce sont même vos devoirs de grossesse à faire tous les jours, avec application. (…) La rééducation après la naissance sera plus rapide. »

P.90. La surveillance technologique. Une fois que vous êtes arrivée en salle de travail, on vous « branche » rapidement. Certains branchements sont obligatoires, d’autres facultatifs. Les branchements obligatoires. Le monitoring (…) La perfusion (…).

Faux ! Le monitoring n’est pas obligatoire en continu : il permet à l’équipe de s’assurer de la bonne santé de la mère et de l’enfant à l’arrivée en maternité. Il est mis pendant 30 minutes voire un peu plus mais peut être enlevé ensuite si la maman veut bouger, marcher, prendre une douche… La perfusion n’est pas obligatoire : on peut demander la pose d’une voie veineuse (cathéter bouché, sans injection de soluté ou d’hormone), ce qui est une bonne alternative si la maman ne souhaite pas de péridurale. Dans le cas contraire, une surveillance médicale s’impose effectivement.

P.28. Accoucher à la maison. Les plus hardies envisagent parfois un accouchement à domicile. Ce genre d’accouchement est peu pratiqué en France où il est jugé risqué pour la mère et pour l’enfant. Quelques couples et leurs médecins se lancent cependant, refusant de médicaliser à l’extrême un acte jugé naturel. Attention ! Il ne faut jamais faire ce choix pour une première naissance. Vous ne savez pas, par définition, si vous faites ou non partie des patientes à risques pour l’accouchement.

Faux ! Ce choix peut être fait pour une première naissance, en partenariat avec une sage-femme libérale qui pratique l’accompagnement global. Le fait de faire ce choix pour une deuxième naissance n’apporte pas plus de garanties que pour une première dès lors que la femme est médicalement suivie en début de grossesse, ce qui permet de définir la notion de risque bas ou élevé. Le nombre des naissances à domicile a doublé ces dernières années et les demandes ne cessent d’augmenter. Par ailleurs, aucune étude scientifique ne prouve que l’accouchement à domicile (qui reste médicalisé tant qu’un professionnel de santé accompagne le couple) est plus dangereux que l’accouchement à l’hôpital. La charte mise en place au sein de l’ANSFL (Association nationale des sages-femmes libérales), et plus largement le code de déontologie des sages-femmes, encadre leur exercice en France. Il revient aux parents de décider, sans diaboliser ce choix qui doit exister au même titre que d’autres.

P.23. A propos des examens du premier trimestre. Citation de Jean-Philippe Lucot, gynécologue-obstétricien. (…) La médecine ne doit pas être paternaliste. Les gens sont tout à fait capables de raisonner et de prendre leur décision après information par le médecin.

C’est toujours intéressant de lire ça en début de livre quand pour le reste l’auteur donne son propre avis sous forme de conseils, sans vraiment informer sur le fond, et véhicule des banalités sans fondement… Après tout, à quoi ça sert que l’OMS, la HAS (Haute autorité de santé), les usagers, les professionnels… se décarcassent ?

J’avais écrit cet article en mars 2008, lors de la sortie du livre, mais je le laisse en ligne afin de laisser des vérités accessibles à toute personne qui les cherche. Il ne se trouve maintenant plus qu’en occasion. J’espère que ça restera l’exception des publications à ne pas recommander car pour un seul ouvrage, là, j’avoue que c’était gratiné.

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